Avant Léogâne, il y avait Yaguana
Bien avant de s'appeler Léogâne, notre ville portait un autre nom : Yaguana. Elle était la capitale du Xaragua l'un des cinq grands caciquats qui régnaient sur cette île à l'époque des Taïnos, le peuple autochtone qui a vécu ici pendant des siècles avant l'arrivée du moindre Européen.
Cela compte pour nous, à l'APDACH, bien plus qu'on ne l'imagine. Lorsque nous accompagnons de jeunes artistes à Léogâne, nous ne bâtissons pas sur un terrain vide. Nous prolongeons quelque chose de très ancien.
Le Xaragua était réputé dans toute l'île pour son raffinement ses cérémonies, ses dirigeants et, par-dessus tout, son art. Les Taïnos portaient leur histoire dans les aréitos : des poèmes chantés et des danses qui gardaient la mémoire de tout un peuple. Leur voix la plus célèbre était une femme née ici même, à Yaguana la reine Anacaona, dont le nom signifie « fleur d'or ». Elle était souveraine, certes, mais elle était d'abord poétesse et compositrice. Son pouvoir, c'était son art.
Le Xaragua fut aussi l'un des derniers territoires de l'île à demeurer libre, conservant son indépendance plus longtemps que presque partout ailleurs. Cet esprit créatif et refusant de se laisser effacer n'a jamais tout à fait quitté ces lieux.
On le ressent encore. Il vit dans les rythmes du Rara qui emplissent nos rues chaque printemps. Il vit dans la musique, les récits et les arts visuels que Léogâne ne cesse de produire, génération après génération. Le monde taïno a été démantelé il y a des siècles, mais son instinct , transformer la vie en chant, faire de la beauté une forme de survie , est devenu une part de ce que nous sommes.
C'est pour cela que l'APDACH existe, et que notre projet phare porte le nom de Fleur d'Or. Quand un jeune cinéaste de Léogâne prend une caméra pour raconter une histoire qui compte, il accomplit ce qu'Anacaona accomplissait il y a cinq cents ans, dans ce même lieu : élever son peuple par l'art.
Nous n'inventons pas une tradition. Nous y répondons.